Archives de Catégorie: bibliothèques

Bibliothécaires allemands : tour d’horizon

Dans le cadre de la veille que je fais, je vais régulièrement voir ce qu’il se passe du côté de nos collègues allemands. Je sais que l’allemand n’est pas la langue préférée des bibliothécaires français, mais à toute fin utile, un court panorama du monde associatif et des biblioblogs s’impose sur ce blog. Je tenterai d’être généraliste et de ne pas me limiter à mes propres intérêts. Il permettra à tout un chacun d’avoir quelques repères s’il vient à rencontrer un collègue germanophone …

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Les statistiques du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche : effectifs et budget

A l’occasion de la parution des dernières statistiques du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche ici, je propose de relever deux informations qui me semblent importantes. J’ai évité la noyade dans ce très complet document en me limitant à celles-ci, mais je vous invite à le consulter sur des points très particuliers : il peut être très utile.

Plus d’étudiants, mais pas à l’université.

Il y a, pour l’année 2011/2012, 2 347 807 étudiants tous établissement confondus. C’est donc une hausse générale par rapport aux années précédentes  (plus de 25 000 étudiants en plus), à laquelle il faut retrancher néanmoins 30 000 en moins pour les universités.

Ainsi, il y a de plus en plus d’étudiants, mais pas à l’université (pour une analyse des chiffres en détail, voir le billet de Pierre Dubois). La loi relative aux Libertés et aux Responsabilités des Universités serait-elle en cause ? En fait, les lettres-sciences humaines semblent particulièrement touchées par la décrue, et ces chiffres bien généraux ne sauraient mettre en valeur les différences territoriales. Néanmoins, le constat est là : l’université attire globalement moins. La LRU, donc, si elle n’est peut-être pas en cause, n’a pas avantagé ces dernières puisque les universités les plus touchées par la baisse sont aussi celles qui ont le moins bien réagi à ladite loi.

Il me semble, d’un point de vue politique, que la bibliothèque ne peut pas participer directement à l’attractivité de l’université. Cependant, aucune excuse pour l’étudiant inscrit : la bibliothèque a sa responsabilité dans le maintien de l’étudiant dans un cursus universitaire, étai de l’enseignement et de la recherche. Et ce pourtant dans un contexte où nous obtenons moins de crédits…

Un budget en baisse en 2012 ?

Concernant les budgets, la mission interministérielle « Recherche et enseignement supérieur », action 5 « Bibliothèques et documentation », alors qu’elle était en hausse durant les trois dernières années, chute pour l’année 2012 (en crédits votés, donc) de 2,5% (de 441,3 millions d’euros en 2011 à 430,3 millions en 2012).

– 2,5% de crédits, c’est une baisse qui peut faire mal. Où sont les coupes ? Je n’en sais rien. Mais pour tout nouveau service ou projet que nous souhaiterons proposer en bibliothèque, nous serons encore davantage restreints de ce point de vue là. Impératif de créativité ?

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La BNU de Turin

Comme beaucoup d’entre vous, j’ai profité de mes vacances pour faire du bibliotourisme. Le résultat n’étant pas aussi satisfaisant que Thomas Fourmeux par exemple, j’ai d’abord hésité à en faire état, le constat étant plutôt sévère pour l’établissement que je compte vous présenter aujourd’hui.

Di Claudio Cavallero at it.wikipedia (Opera propria) [Domaine public], Wikimedia Commons

Mais la rentrée étant propice à quelque biblioblues, je me suis dit que remarquer combien l’herbe était plus verte chez nous pourrait nous faire du bien.

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Votre bibliothèque suit-elle les préceptes du management innovant ?

Absorbed pensive mature businessman

J’ai cherché une illustration qui ressemble à celle de Management. Ne manque que le sourire Colgate. (par s_falkow/CC-BY-NC)

Lectures estivales obligent, j’ai changé de revues : adieu BBF, bonjour Closer Management. En dépit de la claque infligée au doux rêveur à la lecture de ces pamphlets assez radicaux en terme de management et pas avares en moqueries sur ces fonctionnaires fainéants, je me suis surpris à prendre goût à l’exercice : lire les astuces et les avancées en terme de management, et voir si les bibliothèques méritent cette étiquette de ringardise qu’on leur accole.
J’ai donc pris un des dossiers (pp.38-42) du numéro du mois d’août, concernant l’efficacité et la performance au travail, et voici, en dix points, les innovations qui ont peut-être leur place en bibliothèque.

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[Màj] Comparaison de programmes de gestion de références

L’essor, ces dernières années, des programmes de gestion de références bibliographiques offre une diversité dans laquelle il est parfois difficile de se retrouver. Certains Urfist ont déja proposé des comparatifs (ici, ou cette liste ), mais je voudrais aujourd’hui vous faire découvrir un tableau de comparaisons que je trouve bien fait et complet, créé par nos collègues outre-rhénans de l’université technique de Munich surtout, et actualisé par Dorothea Lemke et Petra Frommer que je remercie ici (Danke !).

J’ai traduit le comparatif que vous trouverez ici dans sa dernière version (août 2012) :

comparaison de programmes de gestion de références (août)

Il me semble que dans le contexte universitaire, les bibliothécaires auraient tout intérêt à utiliser ce type d’outil pour choisir sciemment quel programme est le mieux à même de servir la recherche. A la lecture de ce comparatif, je trouve qu’il n’y a pas un programme idéal, mais des programmes qui répondent à des besoins différents. Malgré l’enthousiasme qu’a soulevé lors des journées Abes le dernier venu, Mendeley, les autres solutions (logicielles ou web) ont aussi, à la lecture de ce document, leurs intérêts.

N’hésitez pas à partager vos avis et expériences !

Note : Evitons tout conflit d’intérêt et précisons que je suis le traducteur en français du logiciel Citavi qui fait partie de ce comparatif. Qu’on ne m’en tienne pas rigueur.

Note 2 : La dernière mise à jour du document (dont vous trouverez l’original ici) date d’août 2012.

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Bibliothèque du département de philosophie de l’université de Heidelberg par Rainer Ebert CC-BY-SA-2.0

« En 1805, je faisais ma sixième année de philosophie transcendantale à Heidelberg. Vous connaissez l’existence universitaire ; c’est une existence large… une existence de grand seigneur : on se lève à midi, on fume sa vieille pipe d’Ulm, on vide un ou deux petits verres de schnaps, et puis on boutonne sa polonaise jusqu’au menton, on pose sa casquette plate à la prussienne sur l’oreille gauche, et l’on va tranquillement écouter, pendant une demi-heure, l’illustre professeur Hâsenkopf, discutant sur les idées a priori ou a posteriori. Chacun est libre de baîller et même de s’endormir si cela lui convient. »

Cette citation est extraite du recueil de contes fantastiques de Erckmann et Chatrian, publié en deux tomes par les éditions l’Arbre vengeur (Les trois âmes, p.35, tome 2). Ce portrait semble à certains égards et plus de deux siècles plus tard toujours d’actualité !

[citation] Etre étudiant en 1805, comme en 2012 ?

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PeerJ : la publication scientifique à l’âge de l’accès

Et à l’heure où les tensions avec des éditeurs comme Elsevier sont de plus en plus fortes, comme on le voit actuellement au Royaume-Uni [en], les universités et leurs bibliothèques sont de plus en plus sensibles à l’alternative dans un monde en plein changement, un monde où l’accès est plus important que l’acquisition. Les pays occidentaux semblent tous se diriger vers un maximisation de l’OpenAccess.

L’âge de l’accès (selon le célèbre essai de Jeremy Rifkin), les fondateurs de la plateforme PeerJ [en] l’ont très bien compris : on ne paie plus rien à l’acte, on paie une fois et pour toujours. Cette plateforme de publication d’articles scientifiques en OpenAccess propose une adhésion à vie (99$). Co-fondé par un ancien du gestionnaire de références Mendeley [en] et un ancien de PloS [en], chapeauté par Tim O’Reilly, à qui Wikipedia attribue la formule « Web 2.0 », PeerJ est un projet qui montre bien qu’il y a peu de hasards : porteur d’un projet libre, 2.0 et humaniste, il s’agit d’une option qui s’ouvrira aux auteurs d’articles scientifiques.

Une chaîne de publication et un système qui devraient fonctionner

Passons sur le modèle économique qui table sur une croissance infinie (et après ? on verra !). L’idée de proposer une sorte de serveur à accès ouvert mondial, accompagné de  reviews. Cette review est faite par des éditeurs académiques « indépendants » : effectivement, pour le coup ils ne gagnent rien (normal). Chaque « membre » de la plateforme s’engage à faire au minimum une review par an (sans quoi il faut payer 99$ pour rester membre), et les publications sont limitées à deux domaines scientifiques (pour l’instant ?) : Biologie et Médecine.

En fait, la plateforme propose trois forfaits : étudiants, doctorants, chercheurs. Le dernier est illimité (et coute 259$). Tous peuvent d’abord publier leur article sur le PrePrint dédié, Preprint PeerJ, le partager de façon publique ou privée avec des collègues et, quand on sent le papier prêt, le soumettre au review pour que ça passe sur PeerJ.

Un produit pour les pays émergents ?

Bref, en théorie, la chaîne devrait vite être rodée. Et le succès devrait suivre dans le contexte actuel où le monde universitaire est à l’économie et a une nécessité de mutualisation (enfin ça c’est plutôt moi qui me le rêve).

Une université n’ayant pas trop de moyens pourrait être tentée, plutôt que d’investir coûteusement dans un serveur à accès ouvert de type HAL par exemple, de payer un abonnement pour tous ses chercheurs. D’autant plus que le site propose évidemment des réductions pour les commandes institutionnelles… Tous les pays n’ont pas un HAL, et la solution clés en main de PeerJ est pleine de promesses.

Affaire à suivre

Le service compte publier son premier article PeerJ en décembre 2012 (si la fin du monde n’est pas encore survenue, bien sûr). Je suis curieux de voir son succès ! Concurrent des grands éditeurs scientifiques et des plateformes OpenAccess, il ne se fera sûrement pas que des amis. Mais le modèle de rémunération économique choisi est pour le moins original : une troisième voie qui fera peut-être ses preuves ?

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enssib.fr est mort ! Vive enssib.fr ! (et vive bibliopédia.fr )

L’Enssib, nouvellement mieux

Alors que l’enssib vient de lancer son nouveau site web, je remarque avec intérêt la mutualisation toujours forte des professionnels des bibliothèques via les réseaux sociaux. Par sa nouvelle clarté, enssib.fr permet d’accéder rapidement aux ressources, je pense notamment au service Questions ? Réponses ! mais également au nouvel arrivé : Echanges d’expériences. Cette catégorie est presque vide pour l’instant, mais les possibilités qu’elle ouvre sont grandes : imaginez un forum qui permette d’échanger et d’archiver ses expériences, d’une façon structurée et claire… Vraiment, cette partie du nouveau site possède, je pense, un grand potentiel, en particulier avec la possibilité d’archiver ses ressources grâce au compte utilisateur.

P1170007

enssib, par Marlenedd (licence CC-BY)

Mais il manque quelque chose…

Néanmoins, il faudra que ce service trouve une place particulière dans l’espace numérique : en effet, Twitter et Facebook ont déjà des rôles de relais, les blogs archivent déjà des expériences, et, pour ce qui est d’organiser et de posséder un fonds, il existe un wiki : Bibliopédia. Cette place reste donc à définir, d’autant plus qu’il entre, par certains aspects, directement en concurrence avec Bibliopédia.

Une singularité à affirmer, pour exister

Et surtout, Bibliopédia peut proposer des choses que n’est pas en mesure de proposer ce nouveau service. De par sa tutelle, par exemple, il serait étonnant d’y voir s’y développer avec tant de liberté un livre blanc des thèses, initiative qui trouve sa place sur un wiki.

De même, l’idée de partager des bibliographies sur bibliopedia.fr, permettant aux acquéreurs des bibliothèques universitaires de gagner du temps, est, je trouve, une initiative qui mériterait d’être plus partagée : ce succès semble impossible sur la plateforme institutionnelle de l’enssib, du moins ce n’est pas le but d’un forum de partage d’expériences.

Un équilibre non dit

Il faut donc que ces nouveaux services (l’enssib et son forum, bibliopédia nouvelle génération) trouvent leurs marques, et ce dans un contexte pluriel. Les deux ont une ambition fédératrice, mais le premier gagne en notoriété là où le second gagne en liberté. Ces places sont amenés à évoluer, et l’équilibre général de ce qu’on appelle parfois la bibliosphère est fait de sites qui, importants ou non, ne fonctionnent que dans la collaboration (c’est le cas par exemple du wiki des libquals français).

Pour conclure, je dirais qu’en tant que contributeur dévoué à la cause des bibliothèques sur internet comme vous l’êtes sûrement, en tant que veilleur et professionnel des bibliothèques, j’essaierai de contribuer un peu partout, comme je le fais déjà. Mais alors que le partage d’expériences de l’enssib sera probablement pour moi l’objet d’une consultation, bibliopédia sera (et est déjà…) un espace de contribution. Je vous souhaite, comme moi, d’y participer !

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Le concours de bibliothécaire d’Etat : l’entretien de motivation professionnelle

A la suite de ce billet qui racontait mon épreuve de culture générale, voici un billet concernant la seconde épreuve : celle de motivation professionnelle.

InterrogatoireTalmont

Ne pas se laisser perturber par le jury, voilà le maître-mot.

L’avantage de cette épreuve, c’est qu’on peut la préparer et, surtout, bien compter sur cette épreuve pour se présenter et faire valoir sa personne ! Si les écrits ont ceci d’injuste qu’ils ne permettent pas de montrer qui l’on est, ici, c’est le lieu et le moment.

Trêve de bavardage, j’ai eu à commenter cet article de Ruth Martinez paru dans la revue Documentaliste — Sciences de l’information, dernier volume de 2011, en fait compte rendu de séminaire du GFII sur le web sémantique.

Si vous connaissez cette épreuve, comme moi vous vous dites : « mais what is the fuck bon sang ? C’est pas très « entretien de motivation professionnelle » tout ça » ! Et comme je plussoie ! J’ai été particulièrement désemparé face à un texte qui aurait très bien pu m’être donné en culture générale, je n’avais donc plus qu’à le préparer à la façon d’une épreuve de culture générale, en parlant quand même davantage d’économie / de bibliothèques, enfin de choses possibles tout de même sur ce sujet. Les trente minutes de préparation m’ont semblé extrêmement courtes (je jurerais que ça n’étaient que 29 minutes — oui je sais, c’est ridicule).

Pour ce qui concerne l’exposé, c’était à la suite de la pause méridienne … et je l’ai ressenti. En effet, les premières secondes ont été très longues : à vrai dire, je ne les sentais pas trop dans le truc, pas très intéressés, et je me suis dit « mais non mais c’est ma chance là ça va pas du tout faut vraiment que je fasse un truc ». Je suis de nature plutôt polie, mais je me suis quand même mis à parler bien plus fort et surtout de façon très dynamique. Hé ben en quelques secondes j’ai récupéré leur attention et puis tout s’est bien passé pour l’exposé.

FEMA - 39618 - Deputy FEMA Administrator Harvey Johnson swears in former UTMB worker to join FEMA workforce

Jurez-vous de nous dire toute la vérité bibliothéconomique, juste la vérité bibliothéconomique, rien que la vérité bibliothéconomique ? Oui, je le jure !

Puis sont venues les questions. En préparant cet oral, j’avais réfléchis à beaucoup de questions concernant l’encadrement et le management … et j’ai bien fait ! J’ai eu beaucoup de questions sur le sujet, sûrement en partie en raison de mon profil de « technicien » si l’on peut dire, mais c’est aussi une tendance qui m’a été rapportée par plusieurs candidats à l’oral. Cette épreuve m’a semblé relever davantage de la conversation, je dirais presque, dans certains cas, du dialogue. Voici les questions dont je me souviens :

Questions

– Pouvez-vous nous donner des exemples appliqués de web sémantique ?

– Préfereriez-vous travailler en BU, auprès de la Ville de Paris, de la BnF, de la Bpi… ?

– Quel est votre parcours (en fait j’ai tenté de forcer la question à la suite de la précédente) ?

– Comment voyez-vous le métier de bibliothécaire ? Et vous, que préférez-vous dans ce métier ?

– Durant vos expériences en BU, qu’est-ce qui vous a intéressé et qu’est-ce qui vous a moins intéressé ?

– Comment motiver un agent rétif au numérique ?

– Et s’il ne veut pas faire de formation ?

– Et si un magasinier ne veut faire que de la formation ?

– Vous devez ouvrir 2h de plus votre BU, c’est imposé par votre président d’université, à budget constant, comment faites-vous ?

– Quels sont les temps forts dans l’année pour prendre en compte la motivation d’un agent ?

– Quels outils possédez-vous pour agir sur la motivation ?

– Quels sont les dispositifs qui permettent à un bibliothécaire de travailler à l’étranger ?

– Comment réagiriez-vous et comment feriez-vous accepter la publication de statistiques de la bibliothèque ? Et si ces statistiques ne sont pas bonnes ?

Voici les questions qui m’ont été posées, et aucune ne m’a vraiment étonné, je les ai trouvées naturelles, alimentant la discussion. En somme, une bonne préparation à l’oral évite les surprises : j’avais déjà été à l’oral de ce concours, et entre autres défauts, le manque de préparation m’avait complètement desservi.

J’ai à présent fait le tour de mes épreuves orales, à l’exception de l’épreuve de langue. Dans mon cas, j’ai choisi allemand, et ça s’est bien passé malgré de gros doutes (je ne connais pas trop les déclinaisons … je décline au feeling — Ach !). N’hésitez pas à commenter ou à me contacter pour plus de détails. Ces deux billets marquent une étape importante dans l’histoire de ce blog qui m’a servi de motivation à la préparation du concours. Je pense que le ton sera très différent lorsque je serai à l’Enssib, et encore autre lorsque je serai en poste.

Surtout, publier en tant que fonctionnaire sera pour moi une chose nouvelle, et, si le ton de mes articles n’a jamais été borderline, savoir que même en mon nom personnel je dois faire preuve d’un recul nécessaire aura sans doute une incidence sur ce blog. Qui lira verra !

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Le concours de bibliothécaire d’Etat : l’épreuve de culture générale

Comme vous le savez peut-être, j’ai été admis au concours de bibliothécaire. Je me propose de raconter ici mes épreuves orales : j’ai été très content d’en trouver des compte-rendus sur d’autres sites, à mon tour de partager ! Ce billet parlera de l’épreuve de culture générale, le prochain de l’entretien de motivation professionnelle.

Le commentaire

Tout d’abord, l’épreuve de culture générale. C’est à la fois la plus sûre (si on a globalement un bon niveau de culture générale et, surtout, un entraînement à commenter un texte en dix minutes puis à converser, tout devrait bien se passer) et la plus risquée (si vous tombez sur le sujet auquel vous êtes rétif, dans mon cas par exemple la musique classique, ça commence effectivement plus difficilement : mais ça permet un regard nouveau que le jury peut apprécier).

Dans mon cas, je suis tombé sur un article du Monde du 24 décembre 2011 rédigé par Claire Guillot intitulé « Beauté irréelles », dont le chapeau résume bien la teneur de l’article : « La marque H&M utilise des mannequins en plastique « humanisés » pour présenter ses vêtements : un nouvel exemple des impossibles corps parfaits que crée la retouche numérique« . C’est un article que j’avais lu (conseil : faites-vous plaisir, lisez l’actualité), j’ai donc passé peu de temps à en dégager les enjeux, me concentrant sur des exemples pertinents (j’ai parlé de Lara Croft, de l’Histoire de la beauté d’Umberto Eco, etc.) et surtout un cadre, le sujet étant vraiment très vaste. La présentation s’est bien passée, ils notaient ce que j’écrivais, il me regardaient et ils souriaient. C’était la partie de l’exercice à laquelle j’étais entraîné, ayant fait pas mal de préparations à l’oral. Puis sont venues les questions …

Newborn Examination 1967

Son coeur bat toujours, allez c’est bon on l’prend !

Les questions

Le jury est effectivement « gentil et bienveillant », mais, s’il apprécie de vous écouter sur tel ou tel sujet, il ne voudrait pas non plus vous laisser le micro trop longtemps sur un sujet qui vous botte. Par exemple, je me souviens qu’à un moment, je parlais d’art contemporain (j’adore ça) et vraiment, je me sentais bien, lorsqu’un membre du jury, tel l’invité à une soirée qui amène du Palermo, a carrément cassé l’ambiance en me posant des questions d’histoire (je suis une bille en histoire, je me suis inscrit en troisième année de licence d’histoire et je suis tellement nul que je n’ai été capable d’assister à aucun cours) :

« Oui, bon… Et le mur de Berlin, il a été construit quand et pourquoi ? »

Autre question désagréable, celle qui vous teste sur la durée : si vous avez le malheur de parler d’un sujet intéressant que vous ne maîtrisez pas, soyez sûr qu’ils vont y aller et vous poser des questions jusqu’à la lie. Un exemple à ce sujet : je parlais de Eisenstein et du Cuirassé Potemkine, et ils tenaient absolument à ce que je parle d’autres films du réalisateur. J’en connaissais mais dans le cadre de l’épreuve, évidemment, on perd facilement ses moyens et on manque de recul.

Une bonne solution à ce problème est de dévier : « non, je ne vois pas, mais ça me fait penser à ça qui, sur le même sujet… ». Bon évidemment il ne faut pas être complètement à côté de la plaque, mais ça peut être un bon moyen. Et puis ne rêvez pas : sur certaines questions, il ne m’ont pas lâché.

Mais de toute façon, il est normal de ne pas savoir répondre à toutes les questions. Dans mon cas, sur les vingt minutes que dure la discussion, je n’ai pas su répondre à environ cinq questions. Plus une question téléguidée que je vous restitue :

– Connaissez-vous un artiste qui fait de l’art sur les murs, un peu comme les graffitis ?

– Daniel Buren blablabla vivent les rayures blablabla

– Non, je pense à un céramiste.

– Un céramiste à Paris ? (MAIS J’EN SAIS RIEN LAISSEZ-MOI TRANQUILLE §§§) Non, je ne vois pas …

Un autre membre du jury qui a trouvé la réponse avant moi :

– Oui, il s’agit de mosaïques …

– (MOSAIQUES ? MOSAIQUES ROMAINES ? HO MON DIEU JE N’EN SAIS RIEN, ON PARLE DE LUTECE SI VOUS VOULEZ §§§)

– En forme d’extra-…

– *TILT* Ha, oui ! Space Invader oui, bien sûr ! Il est connu pour ses blablabla

Bref, vous voyez que le jury avance bille en tête, bienveillant et surtout, je pense, très observateur de vos réactions. Dans mon cas, passées les trente premières secondes durant lesquelles j’ai grandement fait souffrir mon stylo entre mes doigts nerveux, j’ai réussi à me poser. Je ne me souviens pas de toutes les questions, mais voici une partie de celles que l’on m’a posé (sachant qu’elles sont pour partie liées au texte et à mon commentaire, et restituées ici dans le désordre du souvenir) :

Les questions

– Quand est apparue la retouche de photographie ?

– Connaissez-vous des films avec Monica Bellucci ?

– Pourriez-vous nous faire une histoire des canons de beauté, disons au XXe siècle sinon on pourrait en avoir pour la journée ?

– Qui, outre Umberto Eco que vous avez cité, s’est interrogé sur la beauté ?

– Quel est le plus bel endroit de Byzance ?

– Quelles études s’intéressent à la question du genre ? Et plus particulièrement aux minorités sexuelles ?

– Connaissez-vous des féministes ? Et plus particulièrement des féministes français ?

– Connaissez-vous un artiste contemporain qui modifie son corps ?

– Que pensez-vous des arts urbains ?

– Citez au moins trois jeux vidéos actuels.

– Et vous-même, jouez-vous aux jeux-vidéo ?

– Les jeux vidéo ont-ils leur place dans les institutions ?

– Connaissez-vous des graffeurs ?

– Connaissez-vous un artiste qui fait de l’art sur les murs, un peu comme les graffitis ?

– Quand a été édifié le mur de Berlin et pourquoi ?

– Quelle est la différence entre la mode et le style ?

Quels artistes ont eu, au (début du) XIXe siècle, un style de vie artistique ?

– Quelle est la citation de O. Wilde connue, parlant du rapport de l’artiste à l’oeuvre ?

– Et au début du vingtième siècle, l’URSS ne s’est-elle pas fait connaître avec un exemple de propagande qui retouche une image et fait disparaître un personnage ?

– De quelle révolution se fait l’écho Le cuirassé Potemkine de Eisenstein ?

– Citez deux autres films de Eisenstein.

Vous voyez, c’est très diversifié ! C’est pour ça aussi qu’il ne vous en voudront pas, je crois, si vous n’avez pas réponse à tout… Ce n’est pas le cas pour l’entretien de motivation professionnelle ou, au contraire, je pense qu’il vaut mieux savoir répondre. Je le développerai dans le prochain billet.

NB : conseil pratique : si comme moi vous n’êtes pas parisien et que vous souhaitez allez à l’hôtel malgré l’hébergement possible par des amis, réfléchissez-y à deux fois ! J’ai pris l’hôtel le moins cher que j’ai trouvé, métro Anvers, et c’était franchement horrible (saleté, bruit, radiateurs inéteignables, brrr — gare à vous, touristes !). Vous êtes admissible, faites-vous plaisir !

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