Archives Mensuelles: juin 2012

PeerJ : la publication scientifique à l’âge de l’accès

Et à l’heure où les tensions avec des éditeurs comme Elsevier sont de plus en plus fortes, comme on le voit actuellement au Royaume-Uni [en], les universités et leurs bibliothèques sont de plus en plus sensibles à l’alternative dans un monde en plein changement, un monde où l’accès est plus important que l’acquisition. Les pays occidentaux semblent tous se diriger vers un maximisation de l’OpenAccess.

L’âge de l’accès (selon le célèbre essai de Jeremy Rifkin), les fondateurs de la plateforme PeerJ [en] l’ont très bien compris : on ne paie plus rien à l’acte, on paie une fois et pour toujours. Cette plateforme de publication d’articles scientifiques en OpenAccess propose une adhésion à vie (99$). Co-fondé par un ancien du gestionnaire de références Mendeley [en] et un ancien de PloS [en], chapeauté par Tim O’Reilly, à qui Wikipedia attribue la formule « Web 2.0 », PeerJ est un projet qui montre bien qu’il y a peu de hasards : porteur d’un projet libre, 2.0 et humaniste, il s’agit d’une option qui s’ouvrira aux auteurs d’articles scientifiques.

Une chaîne de publication et un système qui devraient fonctionner

Passons sur le modèle économique qui table sur une croissance infinie (et après ? on verra !). L’idée de proposer une sorte de serveur à accès ouvert mondial, accompagné de  reviews. Cette review est faite par des éditeurs académiques « indépendants » : effectivement, pour le coup ils ne gagnent rien (normal). Chaque « membre » de la plateforme s’engage à faire au minimum une review par an (sans quoi il faut payer 99$ pour rester membre), et les publications sont limitées à deux domaines scientifiques (pour l’instant ?) : Biologie et Médecine.

En fait, la plateforme propose trois forfaits : étudiants, doctorants, chercheurs. Le dernier est illimité (et coute 259$). Tous peuvent d’abord publier leur article sur le PrePrint dédié, Preprint PeerJ, le partager de façon publique ou privée avec des collègues et, quand on sent le papier prêt, le soumettre au review pour que ça passe sur PeerJ.

Un produit pour les pays émergents ?

Bref, en théorie, la chaîne devrait vite être rodée. Et le succès devrait suivre dans le contexte actuel où le monde universitaire est à l’économie et a une nécessité de mutualisation (enfin ça c’est plutôt moi qui me le rêve).

Une université n’ayant pas trop de moyens pourrait être tentée, plutôt que d’investir coûteusement dans un serveur à accès ouvert de type HAL par exemple, de payer un abonnement pour tous ses chercheurs. D’autant plus que le site propose évidemment des réductions pour les commandes institutionnelles… Tous les pays n’ont pas un HAL, et la solution clés en main de PeerJ est pleine de promesses.

Affaire à suivre

Le service compte publier son premier article PeerJ en décembre 2012 (si la fin du monde n’est pas encore survenue, bien sûr). Je suis curieux de voir son succès ! Concurrent des grands éditeurs scientifiques et des plateformes OpenAccess, il ne se fera sûrement pas que des amis. Mais le modèle de rémunération économique choisi est pour le moins original : une troisième voie qui fera peut-être ses preuves ?

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enssib.fr est mort ! Vive enssib.fr ! (et vive bibliopédia.fr )

L’Enssib, nouvellement mieux

Alors que l’enssib vient de lancer son nouveau site web, je remarque avec intérêt la mutualisation toujours forte des professionnels des bibliothèques via les réseaux sociaux. Par sa nouvelle clarté, enssib.fr permet d’accéder rapidement aux ressources, je pense notamment au service Questions ? Réponses ! mais également au nouvel arrivé : Echanges d’expériences. Cette catégorie est presque vide pour l’instant, mais les possibilités qu’elle ouvre sont grandes : imaginez un forum qui permette d’échanger et d’archiver ses expériences, d’une façon structurée et claire… Vraiment, cette partie du nouveau site possède, je pense, un grand potentiel, en particulier avec la possibilité d’archiver ses ressources grâce au compte utilisateur.

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enssib, par Marlenedd (licence CC-BY)

Mais il manque quelque chose…

Néanmoins, il faudra que ce service trouve une place particulière dans l’espace numérique : en effet, Twitter et Facebook ont déjà des rôles de relais, les blogs archivent déjà des expériences, et, pour ce qui est d’organiser et de posséder un fonds, il existe un wiki : Bibliopédia. Cette place reste donc à définir, d’autant plus qu’il entre, par certains aspects, directement en concurrence avec Bibliopédia.

Une singularité à affirmer, pour exister

Et surtout, Bibliopédia peut proposer des choses que n’est pas en mesure de proposer ce nouveau service. De par sa tutelle, par exemple, il serait étonnant d’y voir s’y développer avec tant de liberté un livre blanc des thèses, initiative qui trouve sa place sur un wiki.

De même, l’idée de partager des bibliographies sur bibliopedia.fr, permettant aux acquéreurs des bibliothèques universitaires de gagner du temps, est, je trouve, une initiative qui mériterait d’être plus partagée : ce succès semble impossible sur la plateforme institutionnelle de l’enssib, du moins ce n’est pas le but d’un forum de partage d’expériences.

Un équilibre non dit

Il faut donc que ces nouveaux services (l’enssib et son forum, bibliopédia nouvelle génération) trouvent leurs marques, et ce dans un contexte pluriel. Les deux ont une ambition fédératrice, mais le premier gagne en notoriété là où le second gagne en liberté. Ces places sont amenés à évoluer, et l’équilibre général de ce qu’on appelle parfois la bibliosphère est fait de sites qui, importants ou non, ne fonctionnent que dans la collaboration (c’est le cas par exemple du wiki des libquals français).

Pour conclure, je dirais qu’en tant que contributeur dévoué à la cause des bibliothèques sur internet comme vous l’êtes sûrement, en tant que veilleur et professionnel des bibliothèques, j’essaierai de contribuer un peu partout, comme je le fais déjà. Mais alors que le partage d’expériences de l’enssib sera probablement pour moi l’objet d’une consultation, bibliopédia sera (et est déjà…) un espace de contribution. Je vous souhaite, comme moi, d’y participer !

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