Archives Mensuelles: mai 2012

Le concours de bibliothécaire d’Etat : l’entretien de motivation professionnelle

A la suite de ce billet qui racontait mon épreuve de culture générale, voici un billet concernant la seconde épreuve : celle de motivation professionnelle.

InterrogatoireTalmont

Ne pas se laisser perturber par le jury, voilà le maître-mot.

L’avantage de cette épreuve, c’est qu’on peut la préparer et, surtout, bien compter sur cette épreuve pour se présenter et faire valoir sa personne ! Si les écrits ont ceci d’injuste qu’ils ne permettent pas de montrer qui l’on est, ici, c’est le lieu et le moment.

Trêve de bavardage, j’ai eu à commenter cet article de Ruth Martinez paru dans la revue Documentaliste — Sciences de l’information, dernier volume de 2011, en fait compte rendu de séminaire du GFII sur le web sémantique.

Si vous connaissez cette épreuve, comme moi vous vous dites : « mais what is the fuck bon sang ? C’est pas très « entretien de motivation professionnelle » tout ça » ! Et comme je plussoie ! J’ai été particulièrement désemparé face à un texte qui aurait très bien pu m’être donné en culture générale, je n’avais donc plus qu’à le préparer à la façon d’une épreuve de culture générale, en parlant quand même davantage d’économie / de bibliothèques, enfin de choses possibles tout de même sur ce sujet. Les trente minutes de préparation m’ont semblé extrêmement courtes (je jurerais que ça n’étaient que 29 minutes — oui je sais, c’est ridicule).

Pour ce qui concerne l’exposé, c’était à la suite de la pause méridienne … et je l’ai ressenti. En effet, les premières secondes ont été très longues : à vrai dire, je ne les sentais pas trop dans le truc, pas très intéressés, et je me suis dit « mais non mais c’est ma chance là ça va pas du tout faut vraiment que je fasse un truc ». Je suis de nature plutôt polie, mais je me suis quand même mis à parler bien plus fort et surtout de façon très dynamique. Hé ben en quelques secondes j’ai récupéré leur attention et puis tout s’est bien passé pour l’exposé.

FEMA - 39618 - Deputy FEMA Administrator Harvey Johnson swears in former UTMB worker to join FEMA workforce

Jurez-vous de nous dire toute la vérité bibliothéconomique, juste la vérité bibliothéconomique, rien que la vérité bibliothéconomique ? Oui, je le jure !

Puis sont venues les questions. En préparant cet oral, j’avais réfléchis à beaucoup de questions concernant l’encadrement et le management … et j’ai bien fait ! J’ai eu beaucoup de questions sur le sujet, sûrement en partie en raison de mon profil de « technicien » si l’on peut dire, mais c’est aussi une tendance qui m’a été rapportée par plusieurs candidats à l’oral. Cette épreuve m’a semblé relever davantage de la conversation, je dirais presque, dans certains cas, du dialogue. Voici les questions dont je me souviens :

Questions

– Pouvez-vous nous donner des exemples appliqués de web sémantique ?

– Préfereriez-vous travailler en BU, auprès de la Ville de Paris, de la BnF, de la Bpi… ?

– Quel est votre parcours (en fait j’ai tenté de forcer la question à la suite de la précédente) ?

– Comment voyez-vous le métier de bibliothécaire ? Et vous, que préférez-vous dans ce métier ?

– Durant vos expériences en BU, qu’est-ce qui vous a intéressé et qu’est-ce qui vous a moins intéressé ?

– Comment motiver un agent rétif au numérique ?

– Et s’il ne veut pas faire de formation ?

– Et si un magasinier ne veut faire que de la formation ?

– Vous devez ouvrir 2h de plus votre BU, c’est imposé par votre président d’université, à budget constant, comment faites-vous ?

– Quels sont les temps forts dans l’année pour prendre en compte la motivation d’un agent ?

– Quels outils possédez-vous pour agir sur la motivation ?

– Quels sont les dispositifs qui permettent à un bibliothécaire de travailler à l’étranger ?

– Comment réagiriez-vous et comment feriez-vous accepter la publication de statistiques de la bibliothèque ? Et si ces statistiques ne sont pas bonnes ?

Voici les questions qui m’ont été posées, et aucune ne m’a vraiment étonné, je les ai trouvées naturelles, alimentant la discussion. En somme, une bonne préparation à l’oral évite les surprises : j’avais déjà été à l’oral de ce concours, et entre autres défauts, le manque de préparation m’avait complètement desservi.

J’ai à présent fait le tour de mes épreuves orales, à l’exception de l’épreuve de langue. Dans mon cas, j’ai choisi allemand, et ça s’est bien passé malgré de gros doutes (je ne connais pas trop les déclinaisons … je décline au feeling — Ach !). N’hésitez pas à commenter ou à me contacter pour plus de détails. Ces deux billets marquent une étape importante dans l’histoire de ce blog qui m’a servi de motivation à la préparation du concours. Je pense que le ton sera très différent lorsque je serai à l’Enssib, et encore autre lorsque je serai en poste.

Surtout, publier en tant que fonctionnaire sera pour moi une chose nouvelle, et, si le ton de mes articles n’a jamais été borderline, savoir que même en mon nom personnel je dois faire preuve d’un recul nécessaire aura sans doute une incidence sur ce blog. Qui lira verra !

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Le concours de bibliothécaire d’Etat : l’épreuve de culture générale

Comme vous le savez peut-être, j’ai été admis au concours de bibliothécaire. Je me propose de raconter ici mes épreuves orales : j’ai été très content d’en trouver des compte-rendus sur d’autres sites, à mon tour de partager ! Ce billet parlera de l’épreuve de culture générale, le prochain de l’entretien de motivation professionnelle.

Le commentaire

Tout d’abord, l’épreuve de culture générale. C’est à la fois la plus sûre (si on a globalement un bon niveau de culture générale et, surtout, un entraînement à commenter un texte en dix minutes puis à converser, tout devrait bien se passer) et la plus risquée (si vous tombez sur le sujet auquel vous êtes rétif, dans mon cas par exemple la musique classique, ça commence effectivement plus difficilement : mais ça permet un regard nouveau que le jury peut apprécier).

Dans mon cas, je suis tombé sur un article du Monde du 24 décembre 2011 rédigé par Claire Guillot intitulé « Beauté irréelles », dont le chapeau résume bien la teneur de l’article : « La marque H&M utilise des mannequins en plastique « humanisés » pour présenter ses vêtements : un nouvel exemple des impossibles corps parfaits que crée la retouche numérique« . C’est un article que j’avais lu (conseil : faites-vous plaisir, lisez l’actualité), j’ai donc passé peu de temps à en dégager les enjeux, me concentrant sur des exemples pertinents (j’ai parlé de Lara Croft, de l’Histoire de la beauté d’Umberto Eco, etc.) et surtout un cadre, le sujet étant vraiment très vaste. La présentation s’est bien passée, ils notaient ce que j’écrivais, il me regardaient et ils souriaient. C’était la partie de l’exercice à laquelle j’étais entraîné, ayant fait pas mal de préparations à l’oral. Puis sont venues les questions …

Newborn Examination 1967

Son coeur bat toujours, allez c’est bon on l’prend !

Les questions

Le jury est effectivement « gentil et bienveillant », mais, s’il apprécie de vous écouter sur tel ou tel sujet, il ne voudrait pas non plus vous laisser le micro trop longtemps sur un sujet qui vous botte. Par exemple, je me souviens qu’à un moment, je parlais d’art contemporain (j’adore ça) et vraiment, je me sentais bien, lorsqu’un membre du jury, tel l’invité à une soirée qui amène du Palermo, a carrément cassé l’ambiance en me posant des questions d’histoire (je suis une bille en histoire, je me suis inscrit en troisième année de licence d’histoire et je suis tellement nul que je n’ai été capable d’assister à aucun cours) :

« Oui, bon… Et le mur de Berlin, il a été construit quand et pourquoi ? »

Autre question désagréable, celle qui vous teste sur la durée : si vous avez le malheur de parler d’un sujet intéressant que vous ne maîtrisez pas, soyez sûr qu’ils vont y aller et vous poser des questions jusqu’à la lie. Un exemple à ce sujet : je parlais de Eisenstein et du Cuirassé Potemkine, et ils tenaient absolument à ce que je parle d’autres films du réalisateur. J’en connaissais mais dans le cadre de l’épreuve, évidemment, on perd facilement ses moyens et on manque de recul.

Une bonne solution à ce problème est de dévier : « non, je ne vois pas, mais ça me fait penser à ça qui, sur le même sujet… ». Bon évidemment il ne faut pas être complètement à côté de la plaque, mais ça peut être un bon moyen. Et puis ne rêvez pas : sur certaines questions, il ne m’ont pas lâché.

Mais de toute façon, il est normal de ne pas savoir répondre à toutes les questions. Dans mon cas, sur les vingt minutes que dure la discussion, je n’ai pas su répondre à environ cinq questions. Plus une question téléguidée que je vous restitue :

– Connaissez-vous un artiste qui fait de l’art sur les murs, un peu comme les graffitis ?

– Daniel Buren blablabla vivent les rayures blablabla

– Non, je pense à un céramiste.

– Un céramiste à Paris ? (MAIS J’EN SAIS RIEN LAISSEZ-MOI TRANQUILLE §§§) Non, je ne vois pas …

Un autre membre du jury qui a trouvé la réponse avant moi :

– Oui, il s’agit de mosaïques …

– (MOSAIQUES ? MOSAIQUES ROMAINES ? HO MON DIEU JE N’EN SAIS RIEN, ON PARLE DE LUTECE SI VOUS VOULEZ §§§)

– En forme d’extra-…

– *TILT* Ha, oui ! Space Invader oui, bien sûr ! Il est connu pour ses blablabla

Bref, vous voyez que le jury avance bille en tête, bienveillant et surtout, je pense, très observateur de vos réactions. Dans mon cas, passées les trente premières secondes durant lesquelles j’ai grandement fait souffrir mon stylo entre mes doigts nerveux, j’ai réussi à me poser. Je ne me souviens pas de toutes les questions, mais voici une partie de celles que l’on m’a posé (sachant qu’elles sont pour partie liées au texte et à mon commentaire, et restituées ici dans le désordre du souvenir) :

Les questions

– Quand est apparue la retouche de photographie ?

– Connaissez-vous des films avec Monica Bellucci ?

– Pourriez-vous nous faire une histoire des canons de beauté, disons au XXe siècle sinon on pourrait en avoir pour la journée ?

– Qui, outre Umberto Eco que vous avez cité, s’est interrogé sur la beauté ?

– Quel est le plus bel endroit de Byzance ?

– Quelles études s’intéressent à la question du genre ? Et plus particulièrement aux minorités sexuelles ?

– Connaissez-vous des féministes ? Et plus particulièrement des féministes français ?

– Connaissez-vous un artiste contemporain qui modifie son corps ?

– Que pensez-vous des arts urbains ?

– Citez au moins trois jeux vidéos actuels.

– Et vous-même, jouez-vous aux jeux-vidéo ?

– Les jeux vidéo ont-ils leur place dans les institutions ?

– Connaissez-vous des graffeurs ?

– Connaissez-vous un artiste qui fait de l’art sur les murs, un peu comme les graffitis ?

– Quand a été édifié le mur de Berlin et pourquoi ?

– Quelle est la différence entre la mode et le style ?

Quels artistes ont eu, au (début du) XIXe siècle, un style de vie artistique ?

– Quelle est la citation de O. Wilde connue, parlant du rapport de l’artiste à l’oeuvre ?

– Et au début du vingtième siècle, l’URSS ne s’est-elle pas fait connaître avec un exemple de propagande qui retouche une image et fait disparaître un personnage ?

– De quelle révolution se fait l’écho Le cuirassé Potemkine de Eisenstein ?

– Citez deux autres films de Eisenstein.

Vous voyez, c’est très diversifié ! C’est pour ça aussi qu’il ne vous en voudront pas, je crois, si vous n’avez pas réponse à tout… Ce n’est pas le cas pour l’entretien de motivation professionnelle ou, au contraire, je pense qu’il vaut mieux savoir répondre. Je le développerai dans le prochain billet.

NB : conseil pratique : si comme moi vous n’êtes pas parisien et que vous souhaitez allez à l’hôtel malgré l’hébergement possible par des amis, réfléchissez-y à deux fois ! J’ai pris l’hôtel le moins cher que j’ai trouvé, métro Anvers, et c’était franchement horrible (saleté, bruit, radiateurs inéteignables, brrr — gare à vous, touristes !). Vous êtes admissible, faites-vous plaisir !

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Vers la disparition de la signalétique en bibliothèque ?

Rob Lavinsky, iRocks.com – CC-BY-SA-3.0, via Wikimedia Commons

En ayant assisté à l’Académie de la couleur (dont je ne vous donne pas le lien vers le site web qui, malheureusement, ne le mérite pas), cette année toute dévolue au vert écarlate, j’ai eu droit à une présentation d’un cabinet d’architecture parisien qui travaille régulièrement avec des institutions. Un exemple de réhabilitation de mairie était éloquent : la signalétique, comme montrée sur les images de la présentation, avait tendance à disparaître. (Il s’agissait de la mairie du 17e arrondissement de Paris, dont on trouvera une description sur son site). Tendance, car il s’agirait justement d’une mode.

J’avoue n’y rien connaître, je ne fais que croire sur parole. Mais j’ai été convaincu : les lieux des services aux publics comme les mairies privilégient de plus en plus une disparition de la signalétique.

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