Etre accessible, c’est aussi prendre garde à la typographie

Sur le blog de la commission Légothèque de l’AbF, nous tentons de féminiser au maximum nos articles. C’est une pratique courante dans les textes féministes et LGBT (Lesbien, Gay, Bisexuel et Transgenre). Symboliquement, c’est un exercice auquel il faut s’habituer, et qui peut interrompre plus ou moins la lecture. Avec une autre membre de la commission, Camille Hubert, nous nous sommes dernièrement interrogés sur cette pratique.

Par exemple, on peut utiliser le tiret, et ainsi écrire bonjour à tou-te-s pour féminiser le discours.

On peut également utiliser le point, et ainsi écrire bonjour à tou.te.s, ce qui permet de marquer de façon peut-être plus forte encore la féminisation.

Il est aussi possible d’utiliser la barre oblique ou le slash, et ainsi dire bonjour à tous/toutes, ou encore la parenthèse et dire bonjour à tou(te)s.

Typonazi, se dit d’un internaute obsédé par le respect de la typographie, dérivé du terme anglais grammarnazi

Il existe de nombreuses manières de féminiser, dont on pourra lire une analyse fouillée sur le blog « ça fait genre », mais toute personne sensible aux questions d’accessibilité aura peut-être relevé un problème de taille : un texte féminisé de la sorte ne pourra pas être lu par un outil de vocalisation.

Il est donc nécessaire de remettre en cause cette pratique qui, bien que pouvant sembler justifiée, exclut alors qu’elle s’inscrit à mon sens justement dans une logique générale d’inclusion. Pour éviter d’exclure les malvoyants et les aveugles, il faut donc abandonner cette pratique.

La seule solution que je trouve est de féminiser les textes le plus souvent possible, et écrire par exemple bonjour à toutes et à tous. La lecture est ainsi ralentie, mais le texte est lisible par tous (et toutes). N’hésitez pas à me faire part d’autres idées que vous auriez eues. A défaut, je vous invite à partager cet article, car je trouve dommage qu’un site d’actualité LGBT généraliste, comme Yagg.com par exemple, ne soit pas toujours accessible. Une autre solution, mais dans ce cas clairement militante, serait de décider que le féminin l’emporte. Et vous, qu’en pensez-vous ?

11 réflexions sur “Etre accessible, c’est aussi prendre garde à la typographie

  1. peccadille dit :

    Merci de ce billet! Il me semble que tu es le premier à soulever cette question. Depuis le début de cette mode, je suis gênée par cette pratique typographique qui alourdit la lecture (déjà moins efficace que sur papier) et pose ces problèmes d’accessibilité. Je n’osais pas le dire, d’autant que je comprends aussi et adhère à la revendication de ceux et celles qui écrivent ainsi : « tout.e.s ».
    Pour ma part, il semble que la solution la plus appréciable soit la création d’un genre non pas neutre mais qui désigne la notion « d’humanité » ou de « groupe d’humains ».

  2. Hortensius dit :

    Vu qu’on me l’a demandé sur Twitter, voici comment la synthèse vocale lira :
    – avec des points ou des tirets : bonjour à touteuhèsse
    – avec des slashs : bonjour à toutè
    – avec des accents, comme motivé.e.s : motivéeuhèss
    (testé avec http://www.readspeaker.com/fr/demo-synthese-vocale/ )

  3. pwpw dit :

    Quand on veut lire à voix haute un texte contenant ce genre de variante orthographique ou grammaticale, comment fait-on? (c’est une vraie question, je n’en sais rien du tout)

    S’il existe un tel usage à l’oral, alors les logiciels de synthèse vocale devraient tout simplement se calquer dessus. Il n’est donc pas forcément nécessaire d’abandonner cette pratique pour répondre au besoin d’accessibilité.

    Et puis uniformiser les pratiques d’écriture, c’est vrai que c’est la solution de facilité à laquelle on pense immédiatement, mais ça sclérose aussi la langue.

    • Hortensius dit :

      Je n’en sais rien non plus, je suppose que les usages ne sont pas fixés, et que selon le lecteur la solution est différente ? Personnellement, quand ça m’arrive je lis la première fois de façon longue (bonjour à toutheuèss) pour marquer la féminisation et puis je lis au féminin (en tout cas les fois où ça m’est arrivé).

      C’est vrai que ma proposition est normative, mais je ne vois pas trop comment faire autrement, sinon à bloquer la lecture. Mais peut-être que j’en fais une montagne, et qu’au final les personnes habituées à la synthèse vocale ne sont pas gênées ?

      • annesophiepascal dit :

        C’est la vraie interrogation que j’ai à la lecture de ton post: qu’en pensent les personnes concernées?

  4. annesophiepascal dit :

    Bonjour,
    Je laisse un commentaire mais avec réticence car je ne suis pas personnellement concernée par la vocalisation des textes.
    Je suis extrêmement gênée par ta conclusion « pour éviter d’exclure les aveugles et malvoyants, il faut abandonner cette pratique ». Pourquoi? Parce que tu remets en cause une évolution de la langue écrite en décrétant « arrêtez de faire évoluer la langue, ça gêne des gens ». Il faudrait l’avis de linguistes, mais je pense que c’est tout simplement impossible de stopper une évolution de langage.
    On pourrait dire aussi que les personnes aveugles et malvoyantes ont le droit d’avoir accès aux évolutions de la langue écrite/orale et qu’il est insatisfaisant aussi de leur proposer des textes « figés », à condition que les logiciels de vocalisation puisse les lire de façon « correcte ». Il me semble que c’est aux logiciels de s’adapter.
    C’est peut-être une opinion égoïste et utopique…

    D’autre part, j’ai l’impression que ton billet part du principe que cette évolution de la langue est une évolution « forcée » qui ne correspond pas à un vrai besoin mais est uniquement une position militante. J’ai de vraies réticences par rapport à cette vision, mais encore une fois l’avis d’un ou d’une linguiste ou d’un ou d’une historienne du langage serait intéressant pour cette question.

    • Hortensius dit :

      Je comprends ta gêne sur la conclusion : je parle ici du point de vue d’un blog institutionnel, qui n’a donc pas vocation (en tout cas pas forcément) à faire évoluer la langue, mais s’inscrit dans la continuité de l’institution qu’il représente. Dans l’exemple que je donne ici, il me semble qu’il y a une sorte de responsabilité à rester lisible par le plus grand nombre, et c’est de ce constat que part la démarche. Ainsi, sur mon blog personnel par exemple, la démarche est différente et je me demande si ça ne vaudrait pas le coup de prendre 5 à 10 minutes pour chacun de mes billets à proposer une version expurgée de ces signes typographiques qui brouillent la lecture.

      Concernant l’évolution de la langue comme « forcée » par le militantisme, c’est vrai que c’est peut-être naïf et réducteur de ma part. Je parle de mon expérience personnelle, pour laquelle je me mets en mode « féminisation » pour écrire comme ça, qui ne correspond pas au mode que je suis en droit d’utiliser dans ma vie pro. D’où l’impression de me forcer…

      Et sinon j’aimerais beaucoup qu’Anne-Charlotte Husson, ou un ou une autre chercheure réagisse😉.

  5. […] Sur le blog de la commission Légothèque de l'AbF, nous tentons de féminiser au maximum nos articles. C'est une pratique courante dans les textes féministes et LGBT (Lesbien, Gay, Bisexuel et Transg…  […]

  6. Hebephrenie dit :

    Et l’utilisation des majuscules, cela ne pourrait pas pallier le problème de vocalisation : de type « touTEs » ?

  7. Je viens de faire le test avec la majuscule : chercheurEs donne chercheurs avec un appui sur la syllabe en majuscule, pas terrible donc.

  8. tetue dit :

    De même, les sigles et abréviations sont mal restitués par les synthèses vocales… Doit-on cesser d’en utiliser pour autant ?

    La préoccupation d’accessibilité ne doit pas impacter les contenus : c’est aux outils de consultation de savoir les restituer.

    Abréviations, fautes d’orthographes et accords féminins ou autres : même problème ! face auquel l’utilisateur de lecteur d’écran a plusieurs fonctions pour pallier : faire épeler, compléter en conséquence son dico perso de vocalisation, etc.

    La seule recommandation pour l’accessibilité est donc de rédiger en respect des règles d’orthographe et des conventions typographiques de la langue utilisée. C’est tout !

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