Le rapport d’activité de l’IGB

J’ai lu pour vous … le Rapport d’Activité de l’IGB (sexy !).

C’est ce tweet de Dominique Arot, doyen de l’inspection générale des bibliothèques, qui m’a donné envie de lire le rapport publié en avril si j’en crois le site du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Je me propose de vous en faire un inventaire à la Prévert, aussi recueil de citations….

«il est plus que jamais attendu des bibs qu’elles mettent les publics au centre de leur organisation et de leur production de services»

Cette phrase est simple (je l’adopte comme devise), l’affaire est entendue sur Twitter et les biblioblogs. Qu’elle soit écrite dans ce rapport l’aidera, je l’espère, a être le nouveau gimmick de tous les bibliothécaires.

Publics

Cet intérêt pour les publics jalonne le rapport. On le retrouve ici :

«Le centre de gravité des activités des bibliothèques se déplace des collections vers les publics.»

Je ne peux que souscrire à ce constat, mais c’est quand même mieux quand c’est l’IGB qui le dit !

Ils développent ainsi :

«Le fonctionnement des systèmes de gestion de bibliothèque (SGB) de nouvelle génération, hébergés « dans les nuages », devrait encore permettre de recentrer les moyens humains sur le service des usagers, la médiation des contenus sur internet, la valorisation collective des collections existantes.»

J’espère seulement que dans les établissements, ces évolutions permettront de se redéployer dans ce sens. Le SIGB mutualisé de l’Abes donne bon espoir.

«Moins de Back Office, plus de Front Office», comprend-on à la lecture du rapport, et plus spécifiquement pour les bibliothécaires et les agents de catégorie B. Là encore, ce constat fait plaisir à lire, sous la plume de l’IGB. Gageons que ce constat devienne profession de foi dans tous les établissements, et dans tous les projets de services.

Le manque de place en bibliothèque universitaire

Les BU ne proposent pas assez de places de travail à leurs étudiants : «1 place pour 12,85 étudiants pour l’ensemble du LMD (362 788 personnes)» dans les BU parisiennes. Faut pas être trop gros … La situation n’est pas aussi problématique en région.

On sait que d’ici dix ans on aura besoin de quelques milliers de places en plus pour les étudiants en Licence à Paris, avertit l’IGB. Pourtant, le rapport ne le pointe pas explicitement, mais il n’y a pas de projet pour obtenir ces places : la situation va donc empirer (les projets en cours offriront des places mais à la périphérie de Paris).

En attentant, l’IGB propose de mettre en place une géolocalisation des bibliothèques sur les smartphones avec possibilité de réservation. C’est une idée parmi d’autres pour fluidifier la gestion des places.

Bon courage à-budget-constant à qui voudra se lancer dans ce projet. Un beau projet, certes, mais qui signifie qu’on doit pouvoir réserver partout sa place en ligne, ce qui est loin d’être acquis. Cette idée n’est pas particulièrement mise en valeur dans le rapport, de sorte qu’elle a tout pour rester à l’état de projet. Tant pis …

Cependant, l’IGB remarque que l’Observatoire permanent de la lecture publique à Paris est un échec et que des idées comme celles ci-dessus mériteraient un observatoire de concertation. Une affaire à suivre, donc, espérons dans des délais raisonnables.

Cet observatoire pourrait aussi se pencher sur l’utopie suivante : l’IGB souhaite la création d’une «carte d’accès électronique universelle». Certes, belle idée, mais en terme de budget et de concertation, cela ne me semble pas réalisable, si ? (Répondez-moi « si » en commentaire, ça me fera plaisir.)

Les métiers des bibliothèques

Concernant les métiers des bibliothèques, et en particulier ceux des A et A+, l’IGB souligne qu’

«Il faut rendre à chacun des corps sa destination : encadrement scientifique et administratif supérieur pour les conservateurs, encadrement intermédiaire des équipes et des unités documentaires pour les bibliothécaires.»

Je suis assez étonné de lire «rendre» : l’ai-je mal lu ? Cette situation était-elle celle d’autrefois ? A-t-elle disparu (au profit de quel modèle, alors ?) ? Décrit-on ici la réalité des organigrammes ?

D’autant plus qu’on peut lire plus loin une volonté d’évolution, et non de retour :

«Dans la fonction publique de l’Etat, il est pertinent de recentrer les fonctions des cadres A+ (conservateurs) sur des fonctions d’encadrement supérieur et de pilotage scientifique et stratégique, ce qui conduit à en réduire le nombre par transformation en postes A (bibliothécaires).»

Voilà. Il est acté qu’il y aura de moins en moins de conservateurs (sans blague ?). Ce qui ne signifie pas forcément plus de bibliothécaires, vous l’aurez compris, puisque chaque corps se trouve à exercer des fonctions différentes.

Le recrutement des conservateurs est jugé satisfaisant par l’IGB, au même titre que la bibliographie-programme (qui date de 2010 [sic] quand même).

Concernant la formation des cadres en bibliothèque (catégorie A), on peut lire :

«Il est éminemment souhaitable d’aligner le calendrier de formation des conservateurs et des bibliothécaires d’Etat afin de favoriser des modules communs.»

Sortant de l’Enssib, je peux dire que j’ai eu une semaine de cours avec des conservateurs, et cette semaine de cours n’était pas différente des autres en terme de contenus : c’était une occasion de plus d’échanger avec ces futurs collègues, donc je dis Go for it ! Go !

Je ne sais pas si l’Enssib est décisionnaire sur ce point, mais j’espère que ça se fera davantage. En revanche, actuellement, la formation en terme de cours « généraux » pour les conservateurs a lieu de janvier à l’été. J’imagine que c’est la formation des bibliothécaires qui serait décalée à cette période [mise à jour : on me signale dans l’oreillette qu’à cause des CAP des bibliothécaires du mois de mai, ça ne pourrait pas se faire dans ce sens car cela coûterait trop cher].

A propos des magasiniers, l’IGB défend leur position dans les bibliothèques :

«Tant que les bibliothèques acquièrent, gèrent et conservent des collections sur support physique, la présence de personnels magasiniers, dotés de savoir-faire suffisants, est nécessaire, et même essentielle dans les bibliothèques à vocation patrimoniale.»

Effectivement, même si ces personnels sont aussi concernés par le nouveau mantra («moins de Back Office, plus de Font Office»), ils restent des éléments essentiels des bibliothèques qui ont des collections physiques, à savoir en France, et sauf exception que je ne connais pas : toutes.

Par ailleurs, la diversité de leurs activités, comme souhaitée par les auteurs du rapport, me semble très positive : quoi de pire pour un agent des bibliothèques, et peu importe sa catégorie, que de souffrir d’une fiche de poste mono-tâche ? Cette diversification va également vers davantage de fonctions « communication », j’y reviens dans un instant.

En résumé, concernant les emplois, l’IGB propose ce repyramidage :

«Transformer des emplois de conservateur (A+) et de bibliothécaire assistant spécialisé (B) en bibliothécaire (A), transformer des emplois de magasinier (C) en magasinier principal (C+) et en bibliothécaire assistant spécialisé (B); recruter au niveau B de préférence au niveau C. Ces transformations pourraient concerner 12 % à 18 % des emplois selon les corps sur 5 à 10 ans.»

(Vous noterez que nous sommes entre 12 et 18%, j’espère que vous n’en voudrez pas trop à l’IGB pour son manque de précision … Pardon, je suis taquin.)

Communication, communication, communication.

On lit ce mot partout dans le rapport. Il est obligatoire aujourd’hui d’être préoccupé par la communication. Mais nous sommes en droit de nous inquiéter — c’est mon cas :

Combien d’établissements ont une stratégie de communication ? Combien disposent d’un poste de chargé de communication ? C’est loin d’être le cas de tous. Et si certains y réfléchissent, ils me semblent que nous devrions y être maintenant et aujourd’hui. Tous. Comment pouvoir se permettre d’être fiers de nos services aux publics si nous ne sommes pas capables de les mettre en valeur via une communication formalisée ?

Par exemple, il est souligné qu’un rapport d’activité présent sur le site web de la bibliothèque semble être la moindre des choses. C’est pourtant loin d’être le cas partout.

BDP et petites bibliothèques

Pour être honnête, ce sujet m’intéresse moins — honte à moi. Une étude spécifique devrait paraître sous peu concernant les BDP.

A propos des bibliothèques d’annexe :

«les bibliothèques inférieures à 500 m² ne permettent pas d’offrir un niveau de services conforme aux attentes des publics, tout en générant des coûts de fonctionnement et d’entretien sans rapport avec le service réellement rendu. Dans bien des cas, c’est la médiocrité qui l’emporte (mobilier, collections, informatique, personnel moins qualifié), par contraste avec l’équipement central.»

Si je lis littéralement, une petite bibliothèque est condamnée à disparaître sauf si et seulement si un effort aussi important, voire plus que les plus gros équipements est proposé, ce qui n’est pas toujours le cas. Les exemples et contre-exemples abondent, certes.

Ils ajoutent :

«à l’expérience, il semble qu’il est préférable de créer des équipements ouverts à tous les publics et à tous les médias. L’idée d’équipements exclusivement tournés vers les enfants qui ne proposent que des livres est obsolète.»

Les réseaux étendus ont effectivement souvent des bibliothèques jeunesse dans cette situation. Cependant, s’adresser à des publics en particulier est toujours pertinent : que l’on pense à la bibliothèque de la Canopée, en préfiguration.

Concernant les bibliothèques jeunesse, l’IGB a une solution :

«Il conviendrait peut-être de réfléchir davantage à des équipements qui travaillent en synergie immédiate avec un établissement scolaire (école, collège ou lycée).»

Je trouve cette idée très séduisante. Une bibliothèque périscolaire et non une bibliothèque jeunesse obsolète pour redynamiser la relation bibliothèque-école-enfance.

Learning Center

L’idée de «learning center» est évoquée à plusieurs reprises, comme devant «inspirer» les BU. Je ne vois pas concrètement ce qu’ils entendent par cette évocation d’un modèle dont il «suffit» de s’inspirer. Car dans les faits, on n’a rien du learning center, mais on a la prétention de dire qu’on fait un peu pareil, ce qui n’est pas la même chose et, surtout, généralement décevant.

Les inspections

L’IGB fait état de ses inspections, et j’ai surtout retenu que pour la BU de Polynésie française, en terme de formation des personnels et d’acquisition de documents, c’est la galère (et mon Dieu l’angoisse j’aimerais pas être à leur place !).

Les inspecteurs généraux adorent la BMC de Toulouse, au point qu’ils parlent de «maintien de l’excellence». Ça donne vraiment envie de travailler là-bas !

En bref, j’espère vous avoir montré que ce rapport était plein d’idées & plein d’éléments rassurants en terme de reconnaissance des évolutions nécessaires de nos boutiques. D’aucuns diront qu’il ne reste plus qu’à agir… qu’attendons-nous ?

Pour aller plus loin, vous pouvez lire le rapport ici :

http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2013/63/7/Rapport_d_activite_2012_257637.pdf

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3 réflexions sur “Le rapport d’activité de l’IGB

  1. Lully dit :

    ‘activité de l’IGB :

    Vu ce que tu en dis, c’est fou comme ce rapport d’activité ressemble au rapport sur les métiers des bibliothèques sorti au printemps (très intéressant d’ailleurs). Le genre « rapport d’activité » ne consiste pas, je crois, à expliqur aux autres comment travailler, mais simplement à dire comment on travaille soi-même, non ?

    • Hortensius dit :

      Tout à fait d’accord, ils font une sorte de feedback sur ce rapport.

      En fait, j’en ai surtout retiré ce qui pouvait nous intéresser en tant que bibliothécaires dans nos établissements. Il y a aussi toute une partie sur, par exemple, toutes les interventions des membres de l’IGB lors de conférences ou journées d’études…

  2. […] d’activité de l’Inspection Générale des Bibliothèques, les notes d’Hortensius. Pour aller avec, synthèse de l’activité 2011 des bibliothèques municipales […]

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