Le prêt numérique chez les flamands

En Flandre, région néerlandophone de la Belgique, les bibliothèques publiques ne prêtent pas de livres numériques. Enfin, pas encore. En effet, un service de prêt numérique régional va être lancé dans les prochains mois.

Un service centralisé

C’est Bibnet [nl] qui porte le projet « E-boeken in de bib », « livres numériques à la bib' ». Pour l’instant, l’expérimentation est limitée à 200 communes et sera lancée officiellement le 22 avril par Joke Schauvlige, ministre de l’Environnement, de la Nature et de la Culture, qui empruntera le premier livre numérique. L’objectif est d’atteindre 21% d’usagers sur un public potentiel de 5 millions de personnes, en proposant un catalogue de plus de 400 documents.

Flirting

Un moteur pour le réseau

Comme écrit dans l’article des Lettres numériques, ce projet est un véritable moteur pour les bibliothèques, qui se voient encouragées à développer une offre de tablettes, d’offrir du WiFi quand ce n’est pas déjà le cas, bref, se mettre à l’heure de 2014. Les deux tiers des bibliothèques publiques ont choisi de ce lancer dans l’aventure.

Le projet s’inspire du modèle mis en place aux Pays-Bas, où l’abonnement aux ressources électroniques est indépendant de celui aux ressources papier : pour emprunter un livre à la bibliothèque municipale, il faut s’y inscrire, mais pour tout ce qui relève des livres numériques, il convient de s’abonner auprès de la bibliothèque royale.

Mieux que des DRM : une application

Du point de vue technique, une application sur terminal mobile (iOS ou Androïd) ou tablette permettra de consulter des documents. Il est dommage d’avoir fait ce choix contraignant puisqu’en dehors de l’application, il n’y aura pas de téléchargement : et donc, certes, pas de risque de piratage.

Ainsi, la question des DRM n’a pas été posée : le fichier est disponible sur l’application pour une durée déterminée (4 semaines), et c’est tout. La consultation sur place sera gratuite et illimitée sur le matériel de la bibliothèque, et l’abonnement payant pour le prêt (5€). Le prix est peu élevé si l’on compare au tarif néerlandais de 20€.

Par ailleurs, on peut s’interroger sur l’opportunité pour un service innovant d’exclure par principe les documents les plus récents, afin de ne pas faire concurrence aux éditeurs et aux libraires. En effet, dans le but de mener à bien un projet qui satisfasse toute la chaîne du livre, il a été décidé que les livres les plus récents seraient par principe exclus.

Une incohérence

Dans ce cas, je ne vois pas ce qui nous autorise à proposer des livres papiers récents. Cette supposée concurrence serait la même pour les collections physiques, et je trouve que cette proposition dévalorise nos collections. Je ne reviens pas sur les débats français qui, il y a maintenant plus de dix ans, ont permis de mettre en place la loi sur le droit de prêt. Cette dernière a mis en lumière l’idée largement partagée par les éditeurs selon laquelle les bibliothèques représentaient un manque à gagner car les clients, devant la disponibilité d’un document en bibliothèque, n’iraient pas l’acheter. Ce débat est clos désormais, et le bibliothécaire que je suis n’a plus besoin d’être convaincu que c’est faux, et qu’au contraire un usager actif des bibliothèques achètera davantage de livres. C’est pourtant exactement l’inverse qui a été considéré en Belgique pour mener à bien ce projet qui avait tout pour être innovant, sinon ce prérequis.

John James Audubon [Public domain], via Wikimedia Commons

John James Audubon [Public domain], via Wikimedia Commons

Un partenariat avec les éditeurs

A l’image de la présence de livres sous droits disponibles à l’achat depuis Gallica2, ce nouveau projet propose, en plus des 300 documents disponibles au prêt, la possibilité d’en découvrir plus d’une centaine de plus, à hauteur de 10% par livre : il est ensuite possible de les acheter. Le temps montrera si ce partenariat est satisfaisant pour toutes les parties en présence.

Par ailleurs, le projet est présenté comme une « alternative au piratage et aux librairies en ligne » d’après cet article de Bibnet [nl], c’est-à-dire que l’intérêt de la bibliothèque est placé au même niveau, d’après moi, que l’éditeur. C’est une bonne chose dans l’idée : mais dans la pratique, on le voit, les restrictions (pas de téléchargement, catalogue volontairement non-récent) portent préjudice aux bibliothèques.

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2 réflexions sur “Le prêt numérique chez les flamands

  1. […] En Flandre, région néerlandophone de la Belgique, les bibliothèques publiques ne prêtent pas de livres numériques. Enfin, pas encore. En effet, un service de prêt numérique régional va être lancé dans les prochains mois… C’est Bibnet [nl] qui porte le projet "E-boeken in de bib", "livres numériques à la bib’". Pour l’instant, l’expérimentation est limitée à 200 communes et sera lancée officiellement le 22 avril par Joke Schauvlige, ministre de l’Environnement, de la Nature et de la Culture, qui empruntera le premier livre numérique. L’objectif est d’atteindre 21% d’usagers sur un public potentiel de 5 millions de personnes, en proposant un catalogue de plus de 400 documents.  […]

  2. […] En attendant un retour sur notre voyage de classe à Bruxelles, Hortensius parle du prêt de livres numériques en Belgique dans le réseau flamand. […]

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