Autoroute

« -La construction française, c’est très simple : vous ajoutez des choses qui ont un sens entre elles, la somme des deux forme un nouveau mot, somme des deux sens.

-Madame, je ne comprends pas.

-Bien, prenons un exemple. « mobile », par exemple, signifie un objet qui bouge, qui est mobile, qui se déplace, si vous préférez. Ajoutez « auto » devant, cela signifie « tout seul », comme une machine automatique par exemple. Nous obtenons donc – un silence de cinq secondes suffit à suspendre la classe à ses lèvres – l’automobile !

Je sentais alors un bouillonnement juvénile s’emparer de la classes : chaque enfant tenter dans sa tête d’inventer de nouveaux mots selon l’exemple, finissant par se rendre compte que chaque exemple était valable. Marie Brézolin, une fille extravertie et bavarde, tenta sa chance oralement :

-Heu, Madame, c’est comme autoroute alors ?

-Absolument Marie, c’est tout à fait ça ! »

C’est, je crois, le premier souvenir de désillusion : j’avais de sérieux soupçons sur les gens – on ne dit pas « hommes » à cet âge-là – je savais enfin la seule chose nécessaire à l’avancée intellectuelle : les hommes mentent.

Ce n’est pas le seul exemple ; c’était récurrent.

Et le flottement des romans, des films et des chansons populaires annonçant le mensonge étaient eux aussi plein de mensonge : les gens mentent sans flottement, directement.

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