Vers la disparition de la signalétique en bibliothèque ?

Rob Lavinsky, iRocks.com – CC-BY-SA-3.0, via Wikimedia Commons

En ayant assisté à l’Académie de la couleur (dont je ne vous donne pas le lien vers le site web qui, malheureusement, ne le mérite pas), cette année toute dévolue au vert écarlate, j’ai eu droit à une présentation d’un cabinet d’architecture parisien qui travaille régulièrement avec des institutions. Un exemple de réhabilitation de mairie était éloquent : la signalétique, comme montrée sur les images de la présentation, avait tendance à disparaître. (Il s’agissait de la mairie du 17e arrondissement de Paris, dont on trouvera une description sur son site). Tendance, car il s’agirait justement d’une mode.

J’avoue n’y rien connaître, je ne fais que croire sur parole. Mais j’ai été convaincu : les lieux des services aux publics comme les mairies privilégient de plus en plus une disparition de la signalétique.

Il y a toujours signalement, évidemment, mais sous des formes nouvelles. La signalétique textuelle est réduite au minimum, la sobriété du signe doit être très grande et le signe, visible et invisible à la fois, guidant l’usager perdu mais ne saturant pas l’espace inutilement.

La forme d’une banque d’accueil, la matière et la couleur du mobilier évoquent, de façon moins radicale mais plus agréable qu’une panonceau (l’expérience de l’usager est expérience utilisateur) le sens de ce qui est : ce qui est là a une fonction qui fait sens par soi-même, l’affordance.

Signage Overload

Limiter le bruit de la pollution visuelle

En essayant à présent d’adapter ce raisonnement à la bibliothèque, on sent une proximité avec la mairie que n’interrompt que la rudesse de la fonction : le sens délivré par le document (et bien souvent, le livre…) est le signe typographique, le dernier retranchement visible dont on ne peut se passer.

Mais avant d’en arriver là, il existe bien des étapes. Les banques d’accueil, de prêt, de renseignement, évidemment, n’ont pas à être surchargées de signes : une concentration des informations sur une seule affiche devrait suffire. L’usager qui arrive à une banque de prêt ou de renseignement surchargée en information comme une commode de grand-mère de cadres photo est perdu : c’est pour ça qu’une seule pancarte serait bien plus utile. Lumières et couleurs finalisent le processus de « guidage » de l’usager, à la suite de l’orientation. Subtilité est le maître-mot de l’orientation, autrement appelée « le wayfinding, terme inventé par le célèbre urbaniste Kevin Lynch à la fin des années 1950 pour évaluer accessibilité des espaces urbains »[1].

La reconnaissance visuelle

L’éclairage pourrait signaler les espaces de prêt ou de renseignement : loupiotte bleue égale je vais trouver de l’information ici (et mini-loupiotte bleue pour éclairer plan de la bibliothèque par exemple). L’information invite à la reconnaissance.

En effet, si l’on s’en tient à cette définition de ce qu’est la signalétique, lue dans cet article de Dominique Pages:

« un système symbolique élémentaire de communication utilitaire (domaine du technique) basé sur l’apprentissage à la reconnaissance de signaux et de messages signes sur des bases formelles conventionnelles et sur l’engagement de la responsabilité bilatérale entre l’émetteur et le récepteur qu’entraîne ipso facto cette reconnaissance. »

Dans une bibliothèque, cette reconnaissance est surtout visuelle. Pour la signalétique qui n’est pas momentanée (la fameuse annonce de fermeture), il s’agit de jouer sur la lumière et sur la couleur. Orienter, ne jamais laisser perdu, et relier tous les accès vers des hubs (le bureau de renseignement concernant les renseignements bibliographiques, le bureau d’accueil concernant l’inscription, etc.). L’éclairage et la couleur peuvent dispenser des cadres photo avec texte, alors pourquoi ne pas s’en priver ?

naked boy and naked girl lamps

Bonjour Monsieur, c'est par où les renseignements ? Ha mais vous tombez très bien ma bonne dame ! C'est moi-même ! Suivez le bleu, suivez la lumière ! (par Brian Yap sur FlickR, CC-BY-NC)

L’harmonie visuelle

Il est désormais admis qu’une bibliothèque possède une charte graphique, en harmonie avec sa tutelle. Cette charte graphique gagnerait à être systématisée : bon nombre de bibliothèques connaissent toujours des initiatives isolées, catastrophiques en terme de communication. Et puis, surtout, c’est étonnamment toujours ceux qui ne respectent pas la charte qui sont peu effectifs.

Mais cette charte ne doit pas être limitée aux papiers d’affichage, ni au site web de l’université : la charte doit être physiquement la même : si la couleur de la collectivité ou de l’institution est le vert, la bibliothèque gagnerait à ce que son architecture, ses meubles, ses documents l’évoquent. Sans aller jusqu’à dire qu’il faut que la bibliothèque soit toute verte, du bibliothécaire au livre en rayon, il est nécessaire d’engager la bibliothèque dans l’intégration à son milieu, de façon à posséder les bases d’une communication efficace : le vert installé (si l’on suit cet exemple), on pourra se lancer dans un bleu indicateur de renseignements ou autre. Si l’on continue dans l’idée d’une loupiotte bleue là où se trouve un renseignement, pourquoi ne pas avoir un badge bleu pour chaque bibliothécaire ? Et pourquoi pas éclairé ? Et pourquoi pas clignotant [je blague]?

La question du badge semble réglée (enfin, j’ai l’impression que de plus en plus en bibliothèque, les personnels en service public portent des signes distinctifs). Celle de l’harmonie est souhaitée par tous. Les efforts me semblent être à concentrer dans cette question particulière de la signalisation : faire disparaître tant que faire se peut la signalétique textuelle.

Réferences utilisées :

[1] Jérôme Denis, David Pontille, « Information voyageurs : inventer une signalétique collective à lʼère du 2.0″, Ville, Rail & Transport, 494 (2010) 40-46 [En ligne], URL : http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00533475/en/

Dominique Pages, « Parcours obligés : du bon usage de la signalétique », Communication et organisation [En ligne], 8 | 1995, mis en ligne le 26 mars 2012, consulté le 26 avril 2012. URL : http://communicationorganisation.revues.org/1819

Michel Piquet, Court traité de signalétique à l’usage des bibliothèques, éd. du Cercle de la librairie,  2003

Marielle de Miribel, Concevoir des documents de communication à l’intention du public, Enssib, 2001

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10 réflexions sur “Vers la disparition de la signalétique en bibliothèque ?

  1. MxSz dit :

    Chouette billet.
    Une réflexion en passant, qui ne concerne que les documents papier: en bibliothèque universitaire, nous sommes confrontés à un gros problème: nos collections sont introuvables. 200 000 documents en libre-accès là où je bosse, 6 salles. Les lecteurs n’y comprennent rien ou très peu.
    L’idée de la couleur a été plus qu’utilisée (vert pour les sciences, rouge pour l’histoire, etc.), avec moult gommettes et étiquettes de couleurs. A chaque fois, on en revient.
    (Heureusement, les livres numériques vont régler le problème en quelques années :-)

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  6. Oliburuzainak dit :

    Bel éclairage, sur un sujet qui m’intéresse particulièrement, …et avec les références biblio servies sur un plateau, c’est confortable ! ;-)

    Sur le discours de l’effacement du textuel par rapport à l’iconographique, je souscris ; on peut débattre derrière de la question de l’universalité -ou pas- des pictogrammes, surtout dans un espace international comme une université, mais pour les amateurs de discussions jusqu’à 1h du matin…

    Par contre, sur le discours que tiennent certaines entreprises de signalétique sur « la sobriété du signe », « visible et invisible à la fois », je suis très réservé à cause d’une expérience vécue décevante. Où j’ai observé un dialogue difficile entre bibliothécaires et entreprise extérieure, et où le visuel s’est fait tellement sobre que le signal en était non-perçu par les usagers.

  7. signaler dit :

    je trouve cela dommage que au contraire on ne mette pas en place de la signalétique colorée, attractive qui pourrait amener un autre public dans les bibliothèque

    • Hortensius dit :

      Bonjour,

      Il existe de nombreux contre-exemples à ce que je dis. La signalétique de la Bibliothèque Publique d’Information à Beaubourg, par exemple, a mis en place une signalétique très colorée.

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